05 décembre 2007
A Villiers-le-Bel (II)
La rue principale de la gare, qui mène à Villiers-le-Bel. Le bruit des avions, proches, très proches, qui n’assourdit pas : qui alourdit.
Tu prends un petit noir, tu discutes avec le cafetier, et un vieux gars à moustaches blanches, qui t’aident à te repérer. Il demande : « Vous êtes journaliste ? » Tu répondras toujours la même chose, que tu es blogueur, que tu veux voir ce qui se passe, le lieu, que tu veux regarder en face ce que les interfaces filtrent ; l’événement du non événement. Le vieux type à moustaches te dit : « Ce sont des voyous. Les parents font des enfants pour les allocs. Ils ne les surveillent pas. Cette moto, s’ils n’ont pas l’argent pour l’acheter, et qu’ils ont faim, qui leur a donné ? » Il te dit qu’il est orthodoxe arménien du Liban, qu’il vit à Villiers-le-Bel depuis vingt-deux ans.
Tu vas au bureau de police de Villiers-le-Bel. Pas un seul flic. La toiture calcinée, les fenêtres comme des bouches noires. Noir. La boîte aux lettres vertes tordue. Un peu de soleil te réchauffe la nuque. Une voiture, non loin ; une voiture de pauvre, qui repose sur un cric : plus de pneus, plus de plaquettes de frein ; l’évidement circulaire du moyeu.
Tu vois le panneau tordu de haine : lycée Pierre Mendès-France, lycée Léon Blum, collège Saint Exupéry. Des terres où pousse l’herbe. Un immense complexe de béton en cours de construction, dont l’investisseur privé retirera quelques bénéfices. Du logement social. Pas un flic.
Tu vas au parc de loisir. Seize hectares, un stade, une piscine, des tennis. Sur la route qui te mène, les feuilles rouges d’érables, collées au bitume. Quelque chose de japonais. Une voiture de flics blanche, banalisée, tourne autour du stade.
Tu hèles un vieux type à baskets usées, d’une soixantaine d’années, barbe d’un jour, accent pied noir, te dit :
« N’allez pas à la ZAC. Le soir, deux hélicoptères patrouillent, et
balaient la ZAC de lumières. Mais le jour, les flics ne se montrent
pas. Ils ne sont pas de culture européenne, vous savez. Ils sont dans
la culture de l’assistanat. Moi, je prépare le futur de mes enfants. Je
suis préretraité. Licencié par l’entreprise qui construit le complexe
de béton que vous voyez. Pendant vingt cinq ans, mon patron m’a
lessivé. Et puis, il a encaissé la plus-value. Dès que les fonds de
pension ont racheté la boîte, ils m’ont licencié avec indemnité. Donc,
je conseille à mes enfants d’être indépendants. S’il le faut, ils iront
au Canada ou en Angleterre. Dans la vie, il ne faut compter que sur
soi-même. Moi, je n'ai pas pu exploiter les autres comme j'ai été
exploité. »
Du grand blabla (508)
Blabla revient fort, avec ces justes propos sur Balzac. Oui, Balzac for ever (Spinoza aussi).
