OBSCURE CLARTE

Humeurs D'un petit laboratoire de littérature en effervescence

07 décembre 2007

A Villiers-le-Bel (III)

L’institut des métiers d’artisanat, qui seul procure un horizon manuel, précaire. Toutes les vitres sont brisées. Les toiles d’araignée de verre, le miroitement des minuscules éclats de verre sur le bitume noir, face au soleil blanc du matin. Une fenêtre brisée a résisté sous l’impact, offrant le tableau moderne de la décomposition stable. Une autre laisse voir le trou. Comme un abîme.

Tu dépasses le supermarché Simplymarket, qui marque la frontière entre l’en bas et l’en haut, les petits blancs et les « pas de culture européenne, pas intégré ». En tête, les paroles du vieux type : « Vous savez, ils ne se considèrent pas français. D’ailleurs, ils ont été enterrés en Afrique, alors ? » 

Près du Conservatoire de Musique se trouve, à la périphérie, une toute petite stèle de granit où sont gravés ces mots : « A la mémoire et en hommage aux victimes de l’esclavage et de la traite négrière. Didier Vaillant , Maire de Villiers-le-Bel et la municipalité, 23 mai 2006. » Non, loin, toujours dans la marge, un monument qui porte cette inscription : « Square du 19 mars 1962. Fin de la guerre d’Algérie. LE COEUR ET LA RAISON L’ONT EMPORTE SUR LES PASSIONS. » Au centre, six à sept fois plus grande que les deux pierres marginales, le monument aux morts, au bas duquel une centaine de noms demeurent. Sous l’énorme inscription « A NOS MORTS », outre la date des deux guerres mondiales, il se trouve, aussi : « 1952-1962 campagnes Algérie-Maroc-Tunisie ».

Pourquoi sont-ils morts ? Pour qui sont ces morts ? Pour rien.

Tu passes par la rue des neuf arpents, par laquelle les deux jeunes morts sont passés. Sur la gauche, une rangée de petites maisons mitoyennes, toutes presque neuves, avec, devant chacune d’elles, une poubelle moderne sur lequel figure le logo de la ville, cette dérisoire maxime « Villiers-le-Bel ville propre ». Sur la droite, les murs de briques délabrées, les gravats, une caravane minuscule et infecte, presque des fantômes. La trace taiseuse de la misère.

Rue Louise Michel : bombé sur le mur blanc, en bleu, le prénom des deux morts. 

Sur le lampadaire, ce mot à demi effacé par l’eau ruisselante :

« Ont vous aiment tous

Dieu vous accorde le droit

Chemin et que vos âmes se reposent Paix »

Une vingtaine de bouquets, la pluie comme des perles sur l’emballage transparent, qui a détrempé les inscriptions devenues illisibles. Une bougie blanche pas allumée, renversée par la tempête. Au loin, les oiseaux gazouillent, absurdement.

Posté par AUGDER à 13:06 - Propos d'actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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