31 décembre 2007
Mes meilleurs voeux 2008
A tous mes ennemis, sarkozystes patentés, à tous les bushistes crétins, à tous les cyniques capitalistes, je souhaite l'apaisement des frustrations, l'éradication du bien mal-être, la progression de l'intelligence des choses.
A tous mes amis spinozistes, je souhaite le troisième genre de connaissance.
A tous mes amis chrétiens, je souhaite de la charité donnée.
A tous mes amis vidés de leur substance par la fatigue du labeur, je souhaite de l'art, de la philosophie.
A tous mes amis qui se disent socialistes, je souhaite un peu de lucidité, de courage.
A tous mes amis communistes, je souhaite la conviction que seules les micro - utopies sauvent, que la révolution est toujours le moment du sang, que seule la révolution pacifique, unanime peut sauver.
A tous mes amis maliens, je souhaite des papiers, de la persévérance.
Une année pleine de sexe (mais pas trop), de créativité (immodérée), de générosité (illimitée): une année pourpre pleine de nostalgie constructive, de vibrations électives...
30 décembre 2007
Orwell
Au skater irlandais
Un ciel de traîne doré et rose orne l'aurore. Et je tombe, ce matin, sur ce passage d'Orwell: "Mon point de départ est toujours un besoin de prendre parti, un sentiment d'injustice. Quand je m'installe pour écrire un livre, je ne me dis pas: "Je vais créer une oeuvre d'art." J'écris ce livre parce que je voudrais dénoncer un mensonge, je voudrais attirer l'attention sur un problème, et mon premier souci est de me faire entendre. Mais il me serait impossible de poursuivre la rédaction d'un livre, ou même simplement d'un long article, si cette tâche ne constituait pas aussi une expérience esthétique. Ce qui a toujours été mon souhait le plus cher, ce serait de pouvoir transformer l'essai politique en une forme d'art." (Why I write)
Il faut toujours se lancer des défis impossibles à relever. (Je pourrais transcrire exactement l'ambition d'Orwell. Si mon premier souci n'est pas de me faire entendre, sauf de quelques uns, l'exigence esthétique et la nécessité philosophique, j'ai tenté de m'en approcher: la métamorphose d'un traité de géométrie philosophique en une forme d'art, ou plutôt la translation constituée par ce détour esthétique: la peinture que peuvent occasionner ses effets existentiels). Y ai-je réussi? Je l'ignore. Ce qui compte, c'était le chemin.
Le socialisme humaniste d'Orwell est un véritable modèle et une leçon. Le parti pris des pauvres contre les riches, l'impeccable dénonciation du lénino-stalinisme, cette passion de la justice, cette volonté de pauvreté, demeurent un idéal sublime, et que tout jeune littérateur qui veut faire ce métier devrait suivre scrupuleusement. Orwell s'est battu aux côtés des communistes non - staliniens contre le franquisme en Espagne. Il a été ce clochard majestueux, dont peut-être Beckett s'inspire sans le dire (Becket a -t-il lu Down and out in London and Paris?). Il refuse la propagande dans 1984, et que l'on nomme aujourd'hui sous de redoutables euphémismes: communication politique, sondage, média de masse, euphémismes qui exacerbent le populisme le plus vil et le plus dégradant. Il y dénonça, aussi, la manipulation des mots. Et je choisis l'un d'eux, presque au hasard: la valeur travail capital.
Il est l'homme de la liberté contre toutes les oppressions. Pour lui, la liberté est compatible avec l'égalité.
Et la leçon lucide d' Animal farm résonne, à la manière détournée du meilleur apologue: aucune révolution n'a tué dans l'oeuf les bénéfices munificents, la profonde tartufferie, l'efficiente indifférence.
28 décembre 2007
Cheminer en connaissance: Jésus Christ superstar
A une jeune beauté.
(Le Christ superstar. Number one au top mille, comme le dirait Socrate.
Donc, Raph nous parla, aujourd’hui, de Nietzsche et
Jésus-Christ.
D'abord, évoquer le contexte.
De cette antithèse entre Dionysos affirmatif, et le crucifié qui sous- tend Le crépuscule des idoles. Si la douleur permet d’accéder à la béatitude en tant que négation de la vie, si le non à la vie du chrétien est radical, Dionysos aime la vie tellement qu’il peut souffrir et supporter la tragédie. Un oui radical qui s’oppose au non radical. L’éternel amen, l’éternel oui contre la perpétuité de la négation.
Nietzsche fait il l’apologie ou la reconnaissance la cruauté et la torture (deuxième dissertation de la Généalogie de la morale) ? Est il, comme le pense Paul Valadier, théologien jésuite, le philosophie de la cruauté ? Pour Nietzsche, il n’y a de noblesse que dans la souffrance. Dire oui à la vie, c’est dire oui à la mort, au non sens.
Mais ce que vise Nietzsche, c’est le christianisme protestant et crétin de son époque.
Frédéric Lenoir d’objecter : le Christ dit oui à la volonté du père, à la vie, au sens que sa révolution le mène à la mort. Il y a la tragédie de la vérité chez le Christ. Le christianisme du XIXe détournait de ce message de vie et de vérité. Le Christ, lui, était fidèle à son message d’amour jusqu’à la mort. L’homme doit rechercher en lui le critère de la vérité.
A partir d’Humain trop humain, opposition entre la
pitié et la sagesse, le cœur et l’intelligence. Jésus est rapproché de la
figure de l’idiot de Dostoïevski, incapable d’entrer en contact avec le monde. Cet
Irréalisme de Jésus. Ce Jésus qui n’arrive pas à connaître la réalité, non pas
au sens chrétien de l’idéaliste fuyant le monde. Si l’on lit l’évangile de
Jean, le Christ rentre en son royaume en montant sur sa croix.
Pour Nietzsche, Jésus n’est, à rebours de Renan, ni un génie ni un héros. Il hait la réalité et est incapable de devenir l’ennemi de quiconque. Il y a en Jésus une sorte d’abandon à l’hostilité. Nietzsche reprend Tolstoï citant Matthieu : ne résiste ni aux méchants ni au mal. Il ne reconnaît pas le ressentiment, il est incapable de vengeance. Il y a là un affaiblissement de la puissance au sens nietzschéen. Dans la lutte, il y a intensification de la puissance. Le Christ s’anéantit parce qu’il doit vivre physiologiquement dans l’amour : il n’y a aucune puissance chez lui, aucune maîtrise. Le oui de Jésus n’est pas conquête, mais nécessité. Pour Nietzsche, Socrate est supérieur à Jésus. (Et Raph de conclure sur Jésus Christ superstar… Ah, l’humour de Raph, très bien ! Je me souviens de Gainsbarre, aussi, à la fin d'une de ses émissions... OU l'art du contrepoint ironique et nécessaire)
(Chez Nietzsche, trois stades (Zarathoustra) : le
chameau chrétien, esclave ; le lion socialiste et anarchiste, qui dit non
et se révolte ; l’enfant, le devenir, le surhomme).
Ensuite, essayer de se prononcer, fût-ce de manière provisoire...
J’ai toujours ce sentiment ambivalent à l’égard de Nietzsche. De l’admiration pour le créateur, le styliste, l’artiste de la philosophie, du mépris pour l’apologue de la lutte et de la guerre. Un type qui écrit froidement, sans froncer la belle moustache fournie : « … Nous ne connaissons d’autre moyen qui puisse rendre aux peuples fatigués cette rude énergie du champ de bataille, cette profonde haine impersonnelle, ce sang - froid dans le meurtre uni à une bonne conscience, cette ardeur commune organisatrice dans l’anéantissement, de l’ennemi, cette fière indifférence aux grandes pertes, à sa propre vie et à celle des gens qu’on aime (…) » (Humain trop humain). Se méfier de Nietzsche comme de la peste : ses grandes séductions mènent tout droit au meurtre légal et à la barbarie civilisée.
Donc, le Christ contre Nietzsche, mais quel Christ ? Cette vision paulinienne que le catholicisme nous propose, en un sublime contresens ? Cette version doloriste du jansénisme ou du protestantisme ? Peut-être (et cela n’étonnera guère), la version spinoziste : « à l’exception du Christ, personne n’a jamais reçu de révélation de Dieu sans le secours de l’imagination.» (Traité Théologico-Politique) Pour Spinoza, il semble incontestable que le Christ possédait le troisième genre de connaissance. Or, dès lors, comment concilier cette position avec l’impératif du conatus, qui, par intelligence, doit conserver son être ? Le christ crucifié, voilà le vrai scandale : l’Amour intellectuel de Dieu incarné menant à la mort volontaire. L’énigme du Christ reste donc entière.
27 décembre 2007
Gracq est mort, on a froid...
Tout ce qu’on introduit dans un
roman devient signe : impossible d’y faire pénétrer un élément qui peu
ou prou ne le change, pas plus que dans une équation un chiffre, un
signe algébrique ou un exposant superflu. Quelquefois rarement, car une
des vertus cardinales du romancier est une belle et intrépide
inconscience dans un jour de penchant critique il m’est arrivé de
sentir une phrase que je venais d’écrire dresser, comme dit Rimbaud, des épouvantes devant moi :
aussitôt intégrée au récit, assimilée par lui, happée sans retour par
une continuité impitoyable, je sentais l’impossibilité radicale de
discerner l’effet ultime de ce que j’enfournais là à un organisme
délicat en pleine croissance : aliment ou poison ? Une énorme
atténuation de responsabilité figure, heureusement parmi les
caractéristiques romancières; il faut aller de l’avant sans trop
réfléchir, avoir l’optimisme au moins de croire tirer parti de ses
bévues. Parmi les millions de possibles qui se présentent chaque jour
au cours d’une vie, quelques-uns à peine écloront, échapperont au
massacre, comme font les œufs de poisson ou d’insecte, c’est-à-dire
porteront conséquence : si je me promène dans les rues de ma ville, les
cent maisons familières devant lesquelles je passe chaque jour non
perçues, anéanties à mesure — sont comme si elles n’avaient jamais été.
Dans un roman, au contraire, aucun possible n’est anéanti, aucun ne
reste sans conséquence, puisqu’il a reçu la vie têtue et dérangeante de
l’écriture : si j’écris dans un récit : " il passa devant une maison de
petite apparence, dont les volets verts étaient rabattus ", rien ne
fera plus que s’efface ce menu coup d’ongle sur l’esprit du lecteur,
coup d’ongle qui entre en composition aussitôt avec tout le reste ; un
timbre d’alarme grelotte : quelque chose s’est passé dans cette maison,
ou va se passer, quelqu’un l’habite, ou l’a habitée, dont il va être
question plus loin. Tout ce qui est dit déclenche attente ou
ressouvenir, tout est porté en compte, positif ou négatif, encore que
la totalisation romanesque procède plutôt par agglutination que par
addition. Ici apparaît la faiblesse de l’attaque de Valery contre le
roman : la vérité est que le romancier ne peut pas dire " La
marquise sortit à cinq heures ": une telle phrase, à ce stade de la
lecture, n’est même pas perçue : il dépose seulement, dans une nuit non
encore éclairée, un accessoire de scène destiné à devenir significatif
plus tard, quand le rideau sera vraiment levé. Le tout à venir se
réserve de reprendre entièrement la partie dans son jeu, de réintégrer
cette pierre d’attente d’abord suspendue en l’air, et nul jugement de
gratuité ne peut porter sur une telle phrase, puisqu’il n’est de
jugement sur le roman que le jugement dernier. Le mécanisme romanesque
est tout aussi précis et subtil que le mécanisme d’un poème, seulement,
à cause des dimensions de l’ouvrage, il décourage le travail critique
exhaustif que l’analyse d’un sonnet parfois ne rebute pas. Le critique
de romans, parce que la complexité d’une analyse réelle excède les
moyens de l’esprit, ne travaille que sur des ensembles intermédiaires
et arbitraires, des groupements simplificateurs tres étendus et pris en
bloc : des " scènes " ou des chapitres par exemple, là où un critique
de poésie pèserait chaque mot. Mais si le roman en vaut la peine, c’est
ligne à ligne que son aventure s’est courue, ligne à ligne qu’elle doit
être discutée, si on la discute. il n’y a pas plus de " détail " dans
le roman que dans aucune œuvre d’art, bien que sa masse le suggère
(parce qu’on se persuade avec raison que l’artiste en effet n’a pu tout
contrôler) et toute critique recuite à résumer, à regrouper et à
simplifier, perd son droit et son crédit, ici comme ailleurs.
Déjà dit, ainsi ou autrement, et à redire encore.
(En lisant en écrivant, p.119)
22 décembre 2007
TOUT LE MONDE AIMERA MERSONNE NE M'AIME (II)
A
MC MC, Djette du girl power.
Une comédie tragique
Mersonne est une comédie de la rupture. Ruptures
lexicales, anacoluthes en pagaille, féminisation à l'envi. Ridicule des mecs
calamiteux, qui tiennent tous, pantins plus ou moins châtrés, absurdement
dominés, de la marrionnette minable. Dans Mersonne, personne n’est à l’abri, en ce compris les militantes
GARCES un peu salopes. Ca s’envole sur un air d’Offenbach, comme ça, l’air de
rien, cavalièrement. « Du sang, de la mort, de la volupté.» Boum.
Et pourtant, à bien y lire, on aperçoit, de loin en
loin, le parfum de la mort et la tragédie de l’esseulement. La mort qui parfume: cette scène incroyable de la découverte du cadavre de
Brigitte de Savoir, fantôme du Castor : « L’énergique contredanseuse
se permit exceptionnellement une nausée : l’odeur, c’est l’odeur qui joua
pour elle le rôle bien connu de la chère petite Madeleine. Ca lui mémorandait une
aïeule morte à Montfort-en-Chalosse. Elle avait neuf ans, il avait fallu -
traditions familiales obligent - embrasser mémé-la-feue pour lui souhaiter bon dernier
voyage. Les joues molles et froides. Le camphre poivré. Les fleurs. L’horloge
arrêtée secrétant un lourd silence. L’attente. Ce jour-là, elle avait fui à
toutes petites jambes pour se retrouver sous le magnolia en train d’expulser
Banania et tartines beurrées du matin. » D’abord, le présent du gallicisme
« c’est », l’un des seuls du roman (pardon, de la romance), comme si
de tout cela ne devait rester que ce souvenir primitif, fondateur. Ensuite, la
succession des phrases nominales, au scalpel, anti-proustiennes par
excellence. L’euphémisme du « dernier voyage ». Le contraste avec la
phrase finale, marquée par la dérisoire assonance en a, magnolia -
Banania - tartines - matin. Donc, la présence du deuil dans sa
matérialité sartrienne la plus dérisoire, nauséeuse.
La tragédie de l’esseulement, c’est celle de la mort
qui succède à la mort : la victime meurt, mais aussi le commissaire,
criant à tue-tête avant de s’occire : « Mersonne ne m’aime ». Là
encore, la nausée : « Le Commissaire sortit malade du restau. Salade
aux noix et charlotte au chocolat ne passèrent pas. » Encore la litote de
la vomissure… « Tout son passé ressurgissait ». Mais lequel ? On
ne saura pas, cette fois-ci. Sa sauvagerie bestiale.
Et pourtant, Mersonne n’est pas un roman nauséeux. Il
exhale une sorte d’énergie délicieusement féroce.
19 décembre 2007
Paris - dans un restaurant rapide du Forum des Halles
Dehors, règne du froid.
Une banquette de bois aggloméré; suspendues, des lampes orange; l'assourdissant empressement; au plafond, l'étrange néon bleu, vague amoindrie.
Ses lunettes dont la tranche aux reflets turquoise s'harmonient au chandail - ses manches très larges-, sa pachmina orange, ses cheveux de paille, ses longs doigts de pianiste. Au côté, un petit sac de cuir qui renferme son portefeuille de soie sauvage, son téléphone noir laqué; quelques emplettes culturelles,
Elle tousse, boit à même une petite bouteille d'eau minérale, rapidement, par petites gorgées nerveuses; comme moi, elle enfourne un sandwich de viande roborative.
Et, soudain, elle offre au jeune homme dépourvu d'argent, assis non loin d'elle, de quoi s'acheter à manger.
Il la remercie. Elle répond, grand sourire: "De rien".
Puis elle se met à digérer avec lenteur un petit gâteau de chocolat, avec la délicatesse des femmes de coeur.
Elle a vingt, trente ans peut-être?
Je me dis: "Ce monde n'est pas encore vain."
18 décembre 2007
Jean et Lucien
A l'ami J RDB
Hier, je faisais pélerinage chez l'ami Jean Rot-de-Boeuf.
Cet helléniste raffiné me lut, avec toute la bonhommie qu'on lui connaît, ce passage de Lucien, Λουκιανός en grec, tiré de l' Histoire véritable, titre antiphrasique s'il en est, et qui raconte cette savoureuse anecdote, à propos des habitants de la lune, les Sélénites (I, 25):
"L'habillement des riches est de verre, étoffe moelleuse, celui des
pauvres est un tissu de cuivre ; le pays produit en grande quantité ce métal,
qu'ils travaillent comme de la laine, après l'avoir mouillé. Quant à leurs
yeux, en vérité je n'ose dire comment ils sont faits, de peur qu'on ne me
prenne pour un menteur, tant la chose est incroyable. Je me hasarderai pourtant
à dire que leurs yeux sont amovibles : ils les ôtent quand ils veulent et les
mettent de côté, jusqu'à ce qu'ils aient envie de voir ; alors, ils les
remettent en place pour s'en servir, et, si quelques-uns d'entre eux viennent à
perdre leurs yeux, ils empruntent ceux des autres et en font usage, il y a même
des riches qui en gardent de rechange. Leurs oreilles sont de feuilles de
platane, excepté celles des hommes nés d"un gland, qui les ont de bois."
Nous discutâmes rondement, constatâmes ensmeble le caractère merdique du monde, la vertu conatique du vin et de la liqueur, et que seul la littérature et la fréquentation d'esprits déliés nous sauvait un peu.
Je partis avec, en poche, quelques parts de gâteau de vie que son épouse m'avait offertes, au coeur, la reconnaissance que seule l'amitié procure, en tête le souvenir de Lucien, délicieux délirant qui inventa la science - fiction et, dont, peut-être, Cyrano de Bergerac et Voltaire s'inspirèrent un peu.
Dans le froid, sous la voûte noire des cieux, je crus que la lune me faisait un clin d'oeil.
17 décembre 2007
Chaïm Soutine
En souvenir de ceux qui virent cela
Dans les pénombres de couleur
Le rouge torture le ciel
Le reflet déformé de
Qui se meut et se meurt
Et vit encore
Et torture la toile
Dans les pénombre de la couleur
Le ciel s’évapore en nuées de traits qui se cabrent
Chevaux de rets et de bris :
Reflet de - vie qui ne cesse de mourir et de renaître-
Et meurt et naît encore
La torture entoilée de l’écorchure interne
Et la vue de la vie
Qui obscurcit la mort
Bête - écorchure salée du passage
Qui ploie se meut mute
Le raidissement courbe
De ce qui est, éclate
Glaive rouge estourbi dans la pénombre claire
Et meurt et naît encore
Excoriation gangrène de ce qui devient
Et meurt et naît encore
Stigmate, entamure, ramure du temps immobile
Et naît encore
Et torture et gratte la toile
L’empâtement qui griffe
Cognure rencognée
Des coups qui crissent
Couleurs qui se crispent
Et meurent et naissent encore
Sarments de la douleur
Et des mortes natures
Qui s’immatérialisent
Et meurent et naissent encore
16 décembre 2007
Le temps qui reste
Le temps qui reste, de François Ozon, avec Melvil Poupaud
Il téléphone à sa soeur, que peut-être, il ne reverra jamais plus. Il est à cinquante mètres d'elle, il peut la voir, de dos.
Il se réconcilie avec elle, une dernière fois.
Elle est dans le jardin public, elle s'occupe de ses enfant.
Il prend la photo qu'elle lui a réclamé toute sa vie: quelque chose de la reconnaissance.
Et tu sais qu'elle retrouvera, lorsqu'il sera mort, cette photo, avec la date imprimée, l'heure imprimée.
Le temps qui reste, il aura acquiescé à la vie.
15 décembre 2007
Le voyageur (RIchard Pinhas, Gilles Deleuze)
La voix de Deleuze sur le texte nietzschéen.
L'esprit planant des seventies; le passage, le changement, quelque chose de lyrique, et, aussi, l'au-delà du voyage: la variation vibrionnante du mythe.
Tu t'imagines Deleuze, comme ça, son génie sautillant et bondissant, quelque chose de toujours en mouvement.
Chez Deleuze, la philosophie est un art (comme chez Spinoza): il y a, fondamentalement, quelque chose d'esthétique dans sa pensée, ce mouvement qui progresse, toujours tournoyant, à la manière de ces toupies multicolores dont la vitesse est si grande que les couleurs y confinent à la blancheur.
Deleuze, ou l'élégance de la vitesse.
