21 février 2009
Nègre, forcément
Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".
"C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj – qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
GRÈVE LÉGITIME
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et
ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui
porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.
Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de
la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du
sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu
équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du
boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre,
l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de
dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de
lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre
affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le
poétique). Comme le propose Edgar Morin,
le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune
plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous
aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits
diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de
la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une
dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce
dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des
peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration
ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique 1" (entendre :
désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même)
de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des
individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous
condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être
"producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que
produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur
réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites
pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à
cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz,
et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le
reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du
" poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi,
nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son
besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le
pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous
finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus
intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est
donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une
autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument
d'une "haute nécessité".
Par cette idée de "haute nécessité", nous
appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un
mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence
existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?
C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" ou bien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.
VICTIMES D'UN SYSTÈME FLOU, GLOBALISÉ
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos
imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de
nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire.
L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une
contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une
perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute
nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société
non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle
serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi,
salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi
et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe
très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein
consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre
aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d'entreprises,
entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de
tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse
nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et
culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous
victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter
ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs,
portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette
haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et
sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus
exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa
vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.
On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en
considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse,
à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières
chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
oici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...
NOUS APPELONS À UNE HAUTE POLITIQUE, À UN ART POLITIQUE
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...
Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...
20 février 2009
L'obscure clarté de Georges Perec
Contre l'indifférence, l'équivalence.
La princesse de Clèves
La Princesse de Clèves répond à notre cher Président.
Un obscur littérateur de mes amis en est l'auteur.
Et c'est ici.
17 février 2009
Pour Gaza.
L'oeil public.
Ces photos ont été rejetées par toutes les rédactions.
C'est pourquoi il faut les regarder ici.
Ne plus détourner le regard...
16 février 2009
La recherche cherche des noises à NS
On se marre... Georges Molinié, gauchiste président de l'ultra gauchiste Paris IV, traîne le mépris autosatisfait de NS dans la boue.
La droite lacère la droite: un grand moment de jouissance... Comme à la grande époque où les maoïstes étripaient avec conscience les stal...
15 février 2009
Le contraste
Tournoi des VI Nations 2009 - 2e journée
Quel oxymore... D'un côté, deux équipes timides, frustrées, frustrantes - la France et l'Ecosse, de l'autre, une équipe au rouge flamboyant!
Car, face à la France, les Ecossais, quoique peu convaincants - mêlée minime, conquête défaillante, ont presque résisté à une équipe tricolore moribonde, et dont le seul mérite aura été de marquer un essai à la faveur d'une monumentale erreur d'arbitrage (pensez, un passage à vide et un en-avant omis coup sur coup!).
Un match heurté, sans gloire, sans génie, une série de balbutiements, de rodomontades illusoires, et qui s'achève sur un essai partout. Que si la France a gagné, c'est sur son renom, le préjugé d'arbitres défaillants, le souvenir d'une gloire passée.
Car, face à l'Angleterre, le Pays de Galles fut superbe et généreux. Une véritable furie rouge, qui fonçait dans le tas, fulminant de vivacité et de maestria. L'Angleterre aura marqué, certes, deux essais, contre un seul aux Gallois. Mais le sens du jeu, l'impeccable sens vital, l'inspiration conatique, étaient du côté des dragons rouges.
On attend impatience la défaite française face aux Gallois: elle sera immense, méritée. Et le Grand chelem de cette équipe impeccable.
14 février 2009
De la grève à la révolution
Le mouvement est lancé. Les Ultramarins donnent le la: grève générale, pillage pacifique des hypermarchés qui les pillent légalement. La révolution aura lieu en France, n'en doutons plus. Le ton est donné. Où allons - nous, pour autant? C'est l'heure de toutes les libertés. C'est l'heure, aussi, de toutes les tentations. Comment répondre à un état qui prône le mépris et le mensonge? La violence institutionnelle doit - elle appeler la violence de la rue? J'ose espérer que nous saurons, collectivement, être plus intelligents que ceux qui nous gouvernent. Je crains ce qui nous attend, pourtant. Car le déchaînement risque d'être à la hauteur de l'oppression: immense.
La cadavre exquise de Yeats
' O cruel Death, give
three things back,'
Sang a bone upon the shore;
`A child found all a child can lack,
Whether of pleasure or of rest,
Upon the abundance of my breast':
A bone wave-whitened and dried in the wind.
`Three dear things that women know,'
Sang a bone upon the shore;
`A man if I but held him so
When my body was alive
Found all the pleasure that life gave':
A bone wave-whitened and dried in the wind.
`The third thing that I think of yet,'
Sang a bone upon the shore,
`Is that morning when I met
Face to face my rightful man
And did after stretch and yawn':
A bone wave-whitened and dried in the wind.
(Yeats)
Traduction, en l'honneur de E.
‘O, mort cruelle, rends – moi trois choses ’
Chanta, posé au rivage, l’os ;
‘Qu’un enfant trouvât tout ce qui
Peut manquer à un enfant,
Ou bien de plaisir ou bien de repos
Là, en ma poitrine abondant’ :
Un os que la vague a blanchi
Et que le vent a défraîchi.
‘Trois choses que les femmes connaissent,’
Chanta posé au rivage, l’os ;
‘Qu’un homme, si, ainsi, je l’euss’ tenu,
Quand mon corps vivait éperdu,
Trouvât tous les plaisirs, échos
Que la vie, ici bas, nous laisse’ :
Un os que la vague a blanchi
Et que le vent a défraîchi.
‘La troisième chose qui me lie’
Chanta, posé au rivage, l’os ;
‘Est ce matin où je trouvai,
Visage à visage, le vrai
Epoux auprès duquel baîller,
Or, auprès duquel reposer’ :
Un os qu’a blanchi l’eau
Et que le vent a défraîchi.
12 février 2009
Michelle - hiver
A CLB
Carbonisée de haine
Chahutée de mépris
Emmitouflée de laine
Aspirant au répit
Etouffant sous le monde
Et mangeant l’inconnu
Elle écrivait féconde
Et gravait l’oubli nu
Or, vivant dans la marge
Dans le ventre d’un chat
Elle était un peu barge
Et soufflait le crachat
Or, palissant souvent
Sous les astres déchus
Elle rêvait d’avants
Par les nuits déçues
Sa main de feu filait
Des clopes immortelles
Ses cernes creus’ gelaient
En victoires éternelles
Egérie du gisant
Elle gerçait le miel
Et frôlait les néants
En maudissant le ciel
Eprise des lointains
Elle jouissait d’un pli
Et ses cheveux très fins
S’étalaient de dépit
Anachorète folle
A l’acide qui ronge
Déployant son étole
Et mordant tous les songes
Elle accrochait l’étoile
Aux lanternes d’un cil
Tout en suçant la moelle
Des aurores qui filent
Et brûlant peu à peu
Le bûcher de la vie
Buvant le vin râpeux
Des nerveuses envies
Elle disparaîtrait
Au coin d’une nuit blême
Elle proférerait
L’insoumis anathème
11 février 2009
Increvable Crevel
Le capitalisme ne se suicide pas, on le
suicide, et pas en soufflant dessus. Ses monuments sont
mieux plantés en terre que la muraille de Jéricho des légendes.
La chanson humanitaire que tant de dromomanes s'en vont chanter
de par le monde, les petits cantiques du pacifisme bondieusard,
voilà qui non seulement n'ébranlera point les pierres
officielles, mais au contraire vise à cimenter d'opportunisme,
de résignation, les moindres moellons, les plus infimes
parcelles de ce qu'il s'agit d'abattre.
Le mensonge libéral, produit spécifiquement français, on sait
ce qu'il vaut, ce qu'il nous vaut. On n'a pas oublié ce qu'il
nous a valu. On peut prévoir ce qu'il nous vaudra. La France se
pose en championne de la liberté individuelle, c'est-à-dire
elle entend plus que jamais défendre la liberté de quelques
individus, minorité d'exploiteurs dont le bon vouloir et les
caprices ne demandent qu'à continuer de s'exercer aux dépens
des exploités.
Si les exploiteurs n'aiment pas toucher au bas de laine, entamer
le magot, (connais-tu le pays où fleurit l'avarice ?) ils sont,
par contre, prodigues de belles paroles (connais-tu le pays où
fleurit l'éloquence ?) Des mots, toujours des mots, des mots qui
ont perdu toute valeur. On est en pleine inflation verbale. Cette
fausse monnaie à peine fabriquée, son effigie prometteuse, déjà,
s'encrasse. Ses traits s'effacent. Avec ce qui en demeure, on ne
saurait reconstituer un visage. En parler bourgeois, rien n'a
plus de sens, ne veut plus rien dire, ou plutôt n'a de sens, ne
veut dire que par grimaçante, odieuse antiphrase.
Parce que la guerre sévit à l'état endémique aux colonies, dès
que le colonisateur se livre en tel point, tel jour, un peu plus
férocement qu'ailleurs, que d'habitude, à son activité
massacreuse, il est parlé de pacification.
Ainsi est-il reconnu par l'impérialisme lui-même, que sa paix
ne s'oppose point à sa guerre. Guerre et paix impérialistes se
confondent. Front unique contre leur bloc. Front unique pour
transformer la guerre impérialiste en guerre civile.
René Crevel, Les pieds dans le Plat
(Merci à CLB et à GM qui m'ont fait découvrir ce monument!)


