30 mars 2009
Corps glorieux
Longtemps je me suis demandé ce que pouvait signifier cette notion de corps glorieux, à l'oeuvre dans la fin de l'Ethique de Spinoza.
Ce jour, dans mon obscure voiture, j'écoute le sympathique Enthoven, par réflexe conditionné, entouré de deux affreux amateurs de Charlie Hebdo, décortiquer ensemble cette notion - avant de faire l'apologie philosophique de Rocky, héros du corps vainqueur grâce à l'amour...
Cette idée que l'on passe du corps pensant au corps dépensant et dé-pensant, accédant au-delà d'une douleur transitoire et nécessaire à une forme de jouissance qui s'analyse en un état second et libératoire.
Denis Moreau évoque l'idée que la métaphore de la course à pied développée par Paul de Tarse dans son épître aux Thessaloniciens:
"Ne le savez-vous pas? Dans les courses du stade, tous courent, mais un seul emporte le prix. Courez de même, afin de le remporter. Quiconque veut lutter, s'abstient de tout: eux pour une couronne périssable; nous, pour une impérissable. Pour moi, je cours de même, non comme à l'aventure; je frappe, non pas comme battant l'air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé."
La métaphore de la course à pied, d'endurance, est un modèle du corps glorieux.
Intérêt de la répétition, de l'ascèse; nécessité de la douleur, non comme une fin, mais comme un moyen.
13 mars 2009
Obscures clartés
Grantorino. Welcome.
Deux morts: La mort du père qui n'est pas le père, la mort du fils qui n'est pas le fils.
Deux crépuscules: le crépuscule de deux nations mourant de leur nationalisme.
Et la mort, ce soir, qui n'était pas prévue, mais qui était prévisible.
Au delà?
Quelque chose, ou rien.
12 mars 2009
Lumière éteinte
« Les gouvernements sont intéressés à faire en sorte que la société ne soit pas éclairée car s'ils éclairaient la société qu'ils gouvernent, il ne faudrait pas beaucoup de temps avant qu'ils soient anéantis par cette société qu'ils auraient éclairée. »
(Thomas Bernhard)
07 mars 2009
Un Dieu vengeur
Je me souviens du jour où ma grand-mère M., m'a dit, l'oeil mauvais, le doigt accusateur, : "Dieu te regarde, et il sait toutes tes fautes, et il te juge, et il te condamne."
06 mars 2009
L'ombre de Celan
Tu vires wir
A A. L. et J.-P. L.
Quand le regard tourne au couchant
Et que le soir tourne au levant
Que le milieu a tué la chose
Que le poison pourrit la prose :
Diaspora de la couleur
Arc en nuit de la douleur
Regain de lumière au sort
Des coquilles qui te lient à l’écho
L’ajonc de la mort
Est à ton écot
Quand tourne, quand réduit
L’histoire au sang servi
Et que l’œil au doute fuit le voile
Que le corps renie le froid sale:
Diaspora de la rumeur
Tu vires wir :
La bulle larme
Qui arme
Ton corps corne
Qu’aurore horreur orne
De dure(s)-té(s)
04 mars 2009
Maxime néo - spinoziste (XIV)
Diviser, c'est pâtir; régner, c'est pâtir beaucoup.
Maxime néo - spinoziste (XIII)
Qu'est - ce que le spinozisme? La rage de soutenir que tout est plein quand le monde s'évide.
Maxime néo - spinoziste (XII)
Seul Dieu peut prouver son existence.
02 mars 2009
Fake the system
Je ne sais pas si Minghini a bien fait de citer PCC, microsystème de la rencontre, et Meetic, numéro un du marché.
Je sais, en revanche, que son livre est excellent d'un point de vue littéraire.
La littérature n'a rien à voir avec la morale. Beaucoup de PCCistes semblent l'oublier.
La littérature n'a pas pour fonction de délasser le cadre moyen les jours de fin de semaine.
La littérature ne doit pas plaire à tout prix.
La littérature depuis le XIXe siècle, s'assigne pour fin l'expression du malaise au coeur de notre décadence lente.
Il y a, dans toute littérature, l'écoeurement de soi, des autres. Il y a le refus de la médiocrité démocratique.
La littérature prône l'exécration légitime qu'éprouve tout être un peu lucide à l'encontre de la démagogie érigée en norme.
Il est possible qu'il y ait quelque accointance entre Minghini et son narrateur.
Il se peut qu'on sorte de Fake avec la nausée.
C'est que Fake, livre plus subversif qu'il n'y paraît, en dit plus sur notre génération que n'importe quel autre.
C'est que Miinghini est bien plus pertinent que les Houellebecq ou les Millet.
Il nous tend le miroir. Il est vrai que le reflet n'est pas bien reluisant.
Et, comme le dit la maxime, quand le singe montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.
Le goût du sexe
Le sexe est un égoût que l'on ne saurait curer autrement que par la langue. Tel pourrait être la devise du Goût du sexe, recueil de petites perles licencieuses, qui court de l'aube de l'humanité au crépuscule de la modernité, et qui paraît sous la plume du redoutable Philippe Di Folco, aux éditions du Mercure de France.
L'auteur est un filou: la construction du recueil est une antimétaphysique kantienne, c'est-à-dire une ultra-physique folcoïque.
Aux Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, Philippe Di Folco semble répondre: "Vive les préliminaires à la physique immédiate!"
Aux trois fameuses questions kantiennes de la métaphysique: "D'où venons - nous? Qui sommes - nous? Où allons - nous?", notre auteur rétorque implicitement: "Du sexe, dans le sexe, vers le sexe."
Ce qui nous incline à penser que seule la littérature, lorsqu'elle est ludique, impertinente, délurée, sait nous consoler de ces matins pas frais où, après une nuit d'orgie, consacrée aux choses de la volupté, nous nous réveillons avec cette tristesse indéfinissable en tête et ce goût âcre en bouche.
Que seul l'esprit, joint à une admirable érudition, fait disparaître l'animal instinct qui nous pousse irrésistiblement à nous reproduire, au prix, certes, d'un tour de passe-passe assez pervers: remplacer la descendance selon le corps par la filiation selon les livres.
Dès lors, on recommandera chaudement la lecture de ce poème tiré de l'Epopée de Gilgamesh, texte akkadien d'il y a quarante-cinq siècles environ, où Enkidu, chasseur barbare, "cet être humain sauvage", envoyé de Gilgamesh, prend sa volupté où il le peut, et en subit les conséquences.
On aura plaisir à contempler les frasques supposées de Marie-Antoinette, Messaline phantasmée.
Sous la plume de Bataille, cette expression délicate: "J'ai le coeur en boucherie", réjouira ceux que la viande ne répugne pas.
Mais le point d'orgue réside dans un texte de Jacques Abeille, tiré de Belle humeur en la demeure, et cette définition euphémistique, ou plutôt litotesque de Nina Bouraoui: "Centre de la silhouette, épicentre du plaisir".
Quant au reste, libre au lecteur d'y jeter un coup d'oeil.
Parce que le sexe est un trou noir au milieu de la vie grise.
