27 mai 2009
Enfer noir
Après le paradis, voici l'enfer noir:
(Sur la même ritournelle, de la fin):
Chanson pléonastique du truisme spinoziste de la mort
Quand on est mort on est mort
Tout le monde est vraiment d’accord
On est tous à égalité
Y’a plus de crise, plus de progrès
Quand on est mort on est mort
Quand on est mort on est mort
On ne sort plus vraiment dehors
Tellement dedans c’est excitant
Sortir dehors c’est exténuant
Quand on est mort y’a rien plus rien dedans
Quand on est mort on est mort
On donne à déjeuner aux vers
C’est le repos on est pépère
On est d’humeur vraiment tranquille
Quand on est mort tout est si facile - didoudi -
Quand on est mort on est mort
On a vécu l’apocalypse
Y’a plus d’danger y’a plus de risque
On n’en a plus rien à cirer
C’est le néant pour l’éternité
26 mai 2009
Crise tine Lagarde
Chanson pour la crise
Sur l'air de Tout va très bien, madame la Marquise
Allô, allô Nicolas ?
Quelles nouvelles ?
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil
Je te rappelle ;
Que trouverai-je à mon retour ?
Tout va très bien, ma chère Christine La Crise,
Tout va très bien, tout va très bien.
Pourtant, il faut, il faut que je te dise
On déplore un tout petit rien :
Un incident, une bêtise,
La chute de Lehman Brothers
Mais, à part ça, faut dire my dear sisters
Tout va très bien, tout va très bien.
Allô, allô Nicolas!
Quelles nouvelles ?
La chute de Lehman Brothers !
Explique - moi
Président fier
Comment cela s'est-il produit ?
Cela n'est rien, ma chère Christine La Crise,
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Elle a chuté
Avec Wall Street
Ca fit un tout p’tit peu d’chahut .
Mais, à part ça, Madame Christine La Crise,
Tout va très bien, tout va très bien.
Allô, allô Nicolas !
Quelles nouvelles ?
Wall Street a donc chuté ?
Explique-moi
Fier Président
Comment cela s'est-il passé ?
Cela n'est rien, ma chère Christine La Crise,
Cela n'est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Wall Street tomba et avec lui
La France et les autres pays
Mais, à part ça, Madame Christine La Crise
Tout va très bien, tout va très bien.
Allô, allô Nicolas !
Quelles nouvelles ?
Notre pays est donc détruit !
Expliquez-moi
Car je chancelle
Comment cela s'est-il produit ?
Eh bien ! Voila, madame Christine La Crise,
Apprenant qu'il était ruiné,
L’pays flamba et on coupa la tête
D’notre président préféré
Et c'est en ramassant sa tête
Que beaucoup de sang a coulé
D’ailleurs il faut il faut que je vous dise
Que la vôtre aussi va tomber.
Guy Debord is back
Entretien de Julien Coupat au Monde:
Comment vivez-vous votre détention ?
Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.
Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?
Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez
nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir
préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides
roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs
conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la
police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup
comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au
beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours
dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions
où l'absurde le disputait à l'obscène.
Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de
tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services",
là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A
ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents
attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.
Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués
en Allemagne. Qu'en dites-vous?
Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession
du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous
attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract
présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand
et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre
pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de
fanatiques portant l'attaque au cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer
sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce
communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.
Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura
de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers
l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de
dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se
conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains
concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces
"terroristes"!
Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance
anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?
Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la
fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé
entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte
d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte
pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à
ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute
perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis
quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative,
unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec
les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident,
l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.
Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et
partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste
tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop
discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas,
elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins
d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que
soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle
végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que
la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de
décevoir.
Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc
rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties
syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis
deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces
conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste,
son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux
penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi
le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à
la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations
d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.
Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt
puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la
plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les
premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie
sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation
des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe
électoral" du nouveau président.
Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. . Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.
Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé
A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se
systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux
abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir
de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel
d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera
finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte
que tout justifie.
La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de
basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?
Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le
point de basculer dans le néant.
Que signifie pour vous le mot terrorisme?
Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la
sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague
d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes
internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation
du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable
pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré"
de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique
américaine.
Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le
terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera
bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes
s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu
instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus
l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne,
et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la
paix.
Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme",
l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire
lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que
l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt
la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de
gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la
contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester
poli.
L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est
pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit,
positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit,
par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance,
d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation
médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves
et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la
"menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi
intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.
L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des
cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé
élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le
couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre,
le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de
leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée
comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas
ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser
de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra
que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de
la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le
brigadier Frank
Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre
contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.
Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four.
On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation
de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance
bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec;
comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services",
depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus
fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de
représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit cœur des
juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les
arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".
Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur
lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue],
d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur
central du renseignement intérieur], d'autres encore la crédibilité qu'ils
n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle
Alliot-Marie.
Vous êtes issu d'un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter
dans une autre direction…
"Il y a de la plèbe dans toutes les classes" (Hegel).
Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l'expliquer,
je le crains.
Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?
La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon
entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure
de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier
"l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la
faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela.
Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir? Etes-vous
l'auteur du livre L'insurrection qui vient ?
C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement
au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire
que vous vivez comme il est écrit dans L'insurrection qui vient, que
vous manifestez comme le préconise L'insurrection qui vient, que vous
sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique
d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans L'insurrection qui vient,
un éditeur convoqué par les services antiterroristes.
De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le
pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de
considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils
ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux
historique revient.
Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon
de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui fait l'association de
malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à
l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement,
cela signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant
de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de
leurs fermes résolutions; l'injure est de taille. Malheureusement, je ne suis
pas l'auteur de L'insurrection qui vient – et toute cette affaire
devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier
de la fonction auteur.
J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la
semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut
lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que
tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et
ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les
dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la
confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est
bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement,
qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que
l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à
tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi
aucun maraboutage policier n'offrira de remède.
Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance
tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au
motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera
s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine
énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien
de nous assigner en justice, tout au contraire.
Vous lisez "Surveiller et punir"
de Michel
Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?
La prison est bien le sale petit secret de la société française, la
clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se
concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés
comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui
trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants,
cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie,
baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour
prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République,
contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un
repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet
d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même
administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne
partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne
dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des
vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre
des barbelés et à cause d'eux.
Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de
l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle,
c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre
servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse
invisiblement sur chacun de vos gestes.
Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises
et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de
l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons
dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens
de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la
nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même
partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer
avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système
d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus
fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas
scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce
n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.
Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire
consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels
quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron –
et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général
– et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il
faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est
tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire
respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et
non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.
Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.
Comment analysez-vous ce qui vous arrive?
Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive
aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf
personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire
"d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise
terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette
grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac"
pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur
de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie
vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient
féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre
soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que
la haine et le mépris.
Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et
métaphysique: soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme
de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous
laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où
coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite
impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a
donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de
la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne
s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon cœur.
La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il
de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental,
de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la
police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux
qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé
par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et
mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.
La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que
c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement
politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter
?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela
?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par
l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur
et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre
lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par
une petite terreur ajustée.
Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là.
On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme
tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre.
Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs,
d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de
Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon
en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque
du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle
de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont
ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour
vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève
de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce
n'est pas le moment de perdre courage.
25 mai 2009
Quand on est riche; un paradis blanc
Entendue sur FIP, cette chanson pour la récession:
Quand on est riche, on est bien
Bien dans son corps, on a bon teint
On peut s'économiser
On n'est pas là à transpirer
Quand on est riche, on sent bon
Quand on est riche, on est heureux - très -
On vit dans un cocon moelleux
Même si on est vieux et petit
On plaît aux femmes jeunes et jolies
Quand on est riche, on est beau
Quand on est riche, on fait pas l'ménage
On peut quand on veut partir en voyage
On a un quatr' quatre imposant
Alors on peut rouler sans peur
En cas d'accident
C'est l'autre qui meurt - didoudi -
Quand on est riche, c'est pas rigolo - pas toujours -
On doit payer beaucoup d'impôts -beaucoup trop -
Alors on est très affecté
Mais on s'empêche de le montrer
Quand on est riche, on est discret
On est beau
On est bien
On sent bon
Et ma version noire:
Quand on est pauvre,
on est mal
Mais l’on trouve ça presque normal
On a l’droit de crever d’faim
Mais on s’en fout parce que demain
On votera dans le cadre légal
Quand on est pauvre, on est con - très -
Parce qu’on est très paresseux
Même si on est vieux et petit
On reste seul au paradis
Que l’abbé Pierre nous a tous promis
Quand on est pauvre, on faits des ménages
On n’peut jamais partir en voyage
On a une voiture roumaine
Alors on peut rouler sans peine
En cas d'accident
C'est toujours toi qui prends - didoudi -
Quand on est pauvre, c'est pas rigolo - pas toujours -
On paie quand même la TVA - beaucoup trop -
Mais on n’en est pas affecté
La TVA on ignore c’que c’est
Quand on est pauvre, on est illettré
Quand on pauvre on est dépressif
On ferme sa gueule tout seul dans la rue
On ne vit pas une vie d’oisif
Le RMI est très chétif
C’est dur quand on a tout perdu
Quand on est pauvre on est obèse
Ca c’est très très mauvais pour la baise
A force de manger de la merde
Des OGM et de la graisse
Faudrait qu’on perde
Quelques kilogrammes
Quand est pauvre on est un âne
D’la télé on mat’ les programmes
Quand on est pauvre on n’a pas d’âme
Mais on boit du coca-cola :
Cerveau dispo pour relire Gala
Quand on est pauvre on a de la haine
On ne sait même plus dire je t’aime
On aime Johnny à la Star Ac’
Sarko bling-bling est Goldorak
Les étrangers peuvent tous crever
On est con
On est âne
On est mal
23 mai 2009
"c'est une tendance naturelle"
"Ce nouveau changement stratégique a été arrêté, lundi et mardi à l'Elysée, lors de deux réunions avec les dirigeants du parti majoritaire. Le chef de l'Etat leur a expliqué qu'il souhaitait que le parti continue de parler d'Europe pour creuser l'écart avec le MoDem et le PS tout en se saisissant de l'actualité - l'attaque d'un fourgon de police à l'arme de guerre à la Courneuve, les violences à l'école et l'arrivée d'immigrants aux portes de l'Europe - pour réintroduire la sécurité et l'immigration dans la campagne.
"M. Sarkozy a l'habitude d'user de ces thématiques à chaque veille d'élection. Lors de la présidentielle de 2007, conseillé par l'ancien journaliste de Valeurs Actuelles, Patrick Buisson, devenu son conseiller, le candidat de l'UMP avait dans les derniers jours de la campagne choisi de droitiser sa campagne, en proposant la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale.
"En avril 2006, alors ministre de l'intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, distancé dans les sondages par Ségolène Royal, avait brutalement durci son discours pour parler à l'oreille des électeurs du Front national. "S'il y en a que cela gêne d'être en France, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas. (...) On a plus qu'assez d'avoir le sentiment d'être obligé de s'excuser d'être français", avait-t-il déclaré.
"Dans les campagnes, c'est une tendance naturelle. Il faut des thématiques fortes, sinon les gens ne se sentent pas concernés. Cela vaut aussi bien sur l'immigration que sur l'environnement", explique sans fard Franck Louvrier, le conseiller en communication du président de la République."
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"La haine est une tendance naturelle. "(Nicolas "N.S." Sarkozy)
"La haine de la haine est une tendance naturelle." (Baruch Spinoza, Etique, Ve partie, proposition 77)
Maxime néo - spinoziste (XXII)
Le vrai est dans le faux.
22 mai 2009
Maxime néo - spinoziste (XXI)
Maudit soit qui Bien y pense.
21 mai 2009
Claude Colomer - exposition au CHB de Villejuif (IV)
Un livre à lèvres ouvert
Bouc
Bouc qui bèle y - es tu?
Moins
Moins dormir
Plus ou moins rêver
De l'eau pétillante
Sur le livre à lèvres ouvert
Ness pas le monstre
Du calcul?
Laisse
Less
maxime néo-spinoziste (XX)
L'infini n'est pas un huit couché.
Obscure mémoire
"Un peu d'oubli éloigne de la mémoire, beaucoup en rapproche"
(Georges Perec, Penser/classer)
