28 août 2009
Ferré for ever
Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons
Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu
Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air
Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité
Ce sont des drôles de types qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme
Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l'Art
Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles
Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux
Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout
27 août 2009
Ma soeur, une poétesse
A Marie-Christine
| "A TOAD can die of light! | |
| Death is the common right | |
| Of toads and men,— | |
| Of earl and midge | |
| The privilege. | 5 |
| Why swagger then? | |
| The gnat’s supremacy | |
| Is large as thine." (Emily Dickinson) |
Parfois, ma soeur m'a énervé, parce qu'elle n'était pas sage. Mais maintenant elle est devenue un peu plus raisonnable. Et, ayant parachevé ce que devait être mon style, je me rends compte de la dette que je lui dois.
Quand elle avait quatre ans, et qu'elle était vraiment insupportable, c'est-à-dire vraiment drôle, elle se livrait à d'involontaires inventions verbales de génie. Les deux exemples restés célèbres valent leur pesant de KKouètes.
Le "baril", désignait le nombril. Quel brio! Elle avait compris que la puissance américaine, fondée sur le pétrole, avait pour corolaire l'individualisme contemporain, qui constitue l'euphémisme de la radinerie.
Le "poéisage" désignait la beauté d'un paysage, manifestant la beauté infinie de la Nature Divine.
Depuis, j'essaie d'imiter son style inimitable. Allelujah, allelujah! Si mon chien est Einstein, ma soeur est Emily Dickinson.
25 août 2009
ne pas oublier les poètes (1)
Léo Ferré manque à l'intelligence.
05 août 2009
Oublieuse mémoire
Mais avec tant d'oubli comment faire une
rose,
Avec tant de départ comment faire un retour,
Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose
Et tant d'obscurité simule mal le jour.
Écoutez, rapprochez moi cette pauvre
joue,
Sans crainte libérez l'aile de votre coeur
Et que dans l'ombre enfin votre mémoire joue,
Nous redonnant le monde aux actives couleurs
Le chêne redevient arbre et les
ombres, plaine,
Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis ?
Que jusqu'à l'horizon la terre se souvienne
Et renaisse pour ceux qui s'en croyaient bannis !
Mémoire, soeur obscure et que je vois
de face
Autant que le permet une image qui passe ...
(Oublieuse mémoire, Jules Supervielle)
21 mai 2009
Obscure mémoire
"Un peu d'oubli éloigne de la mémoire, beaucoup en rapproche"
(Georges Perec, Penser/classer)
12 mars 2009
Lumière éteinte
« Les gouvernements sont intéressés à faire en sorte que la société ne soit pas éclairée car s'ils éclairaient la société qu'ils gouvernent, il ne faudrait pas beaucoup de temps avant qu'ils soient anéantis par cette société qu'ils auraient éclairée. »
(Thomas Bernhard)
20 février 2009
L'obscure clarté de Georges Perec
Contre l'indifférence, l'équivalence.
11 février 2009
Increvable Crevel
Le capitalisme ne se suicide pas, on le
suicide, et pas en soufflant dessus. Ses monuments sont
mieux plantés en terre que la muraille de Jéricho des légendes.
La chanson humanitaire que tant de dromomanes s'en vont chanter
de par le monde, les petits cantiques du pacifisme bondieusard,
voilà qui non seulement n'ébranlera point les pierres
officielles, mais au contraire vise à cimenter d'opportunisme,
de résignation, les moindres moellons, les plus infimes
parcelles de ce qu'il s'agit d'abattre.
Le mensonge libéral, produit spécifiquement français, on sait
ce qu'il vaut, ce qu'il nous vaut. On n'a pas oublié ce qu'il
nous a valu. On peut prévoir ce qu'il nous vaudra. La France se
pose en championne de la liberté individuelle, c'est-à-dire
elle entend plus que jamais défendre la liberté de quelques
individus, minorité d'exploiteurs dont le bon vouloir et les
caprices ne demandent qu'à continuer de s'exercer aux dépens
des exploités.
Si les exploiteurs n'aiment pas toucher au bas de laine, entamer
le magot, (connais-tu le pays où fleurit l'avarice ?) ils sont,
par contre, prodigues de belles paroles (connais-tu le pays où
fleurit l'éloquence ?) Des mots, toujours des mots, des mots qui
ont perdu toute valeur. On est en pleine inflation verbale. Cette
fausse monnaie à peine fabriquée, son effigie prometteuse, déjà,
s'encrasse. Ses traits s'effacent. Avec ce qui en demeure, on ne
saurait reconstituer un visage. En parler bourgeois, rien n'a
plus de sens, ne veut plus rien dire, ou plutôt n'a de sens, ne
veut dire que par grimaçante, odieuse antiphrase.
Parce que la guerre sévit à l'état endémique aux colonies, dès
que le colonisateur se livre en tel point, tel jour, un peu plus
férocement qu'ailleurs, que d'habitude, à son activité
massacreuse, il est parlé de pacification.
Ainsi est-il reconnu par l'impérialisme lui-même, que sa paix
ne s'oppose point à sa guerre. Guerre et paix impérialistes se
confondent. Front unique contre leur bloc. Front unique pour
transformer la guerre impérialiste en guerre civile.
René Crevel, Les pieds dans le Plat
(Merci à CLB et à GM qui m'ont fait découvrir ce monument!)
01 février 2009
René Daumal
Autrement,
de langage on tombe en parlage, de parlage en bavardage, de bavardage en confusion. Dans
cette confusion des langues, les hommes, même s’ils ont des expériences communes,
n’ont pas de langue pour en échanger les fruits. Puis, quand cette confusion devient
intolérable, on invente des langues universelles, claires, vides, où les mots ne sont
qu’une fausse monnaie que ne gage plus l’or d’une expérience réelle;
langues grâce auxquelles, depuis l’enfance, nous nous gonflons de faux
savoirs.
La grande beuverie.
23 septembre 2008
La bourse et la vie
Bourse (La) - Thermomètre de l'opinion publique
Boursiers - Tous voleurs
(Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues).
