OBSCURE CLARTE

Ou le blog en noir et blanc d'un nègre albinos

02 avril 2007

Le bloggouvernement au Sénat

La question est posée: le bloggouvernement devient - il conservateur, à l'instar de cette France frileuse, recroquevillée sur son identité plus ou moins perdue? (Il s'était réuni ce week - end, doré et repu, souriant et frais.)

Je l'ignore.

En tous cas, ce samedi, j'étais avec l'armée du salut voir la misère en face, et, un instant de raison, accomplir une promesse que je m'étais faite.

Le parti pris du monde d'en bas, quoi.

Je veux bien siéger, mais pas au Sénat, celui qui empêche par essence toute réforme, toute évolution.  Je n'ai pas oublié que le Sénat conservateur fit avorter le Front populaire.

Franchement, je lui préfère la simplicité nivernaise ou la bonhommie provinciale.

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26 janvier 2007

CInq hétérocliques trucs hétérodoxes

Cinq trucs à révéler (et inédits)

Bon, mon premier ministre, le très haut Fraise des Bois, m'a demandé de révéler cinq trucs inédits sur moi. J'aime pas trop ce truc, qui consiste à filer du détail, comme ça, par le petit bout de la lorgnette, mais par discipline ministérielle, je m'exécute.

1. J'adore la star academy. Me demandez pas pourquoi, je trouve ça nul in abstracto, mais ça me plaît. De temps en temps, il y a un type qui sort du lot. Cette année, un Noir de talent a gagné. Enfin, vous me direz. Comme quoi, hein. L'année dernière, je discutais avec une journaliste spécialiste du sujet. Je lui ai expliqué que je votais pour la grosse gentille, pour subvertir le système. Moralité, elle a expliqué ça au MOnde, qui m'a traité de "petit malin".

2. Je fais le tour du monde des karaoké. C'est là où l'on se rend compte le mieux de l'ambiance profonde d'une ville. Je me souviens qu'à Washington DC, j'ai chanté New York, New York avec des Japonais. C'était grandiose. Le prochain au programme? Le Karaoké d'Ivry. Il paraît que c'est un must.

3. J'aime la provoc, surtout quand, initiateur d'une maxime en rupture, elle se retourne contre moi. C'est mon côté maso. J'aime penser contre moi - même. J'aime emprunter toutes les identités, me masquer, me démasquer.

4. Le rugby et moi, on est copain. C'est violent, mais c'est solidaire. Il y a quelque chose de vrai et de sain.

5. Il y a cinq ans, j'étais clerc de notaire dans l'étude la plus huppée de Paris. Je me demande encore comment c'est possible, et si c'était bien moi. Tout est obscur, tout est clair, non?

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16 novembre 2006

JUUry littéraire

Ca y est.

Même pas publié et déjà membre d'un jUUry littéraire.

J'ai décidé de jouer les Robespierre littéraires.

Je serai de la race périmée des ronchons impitoyables, des empêcheurs de tourner en ronds. Incorruptible et intransigeant, je ne marchanderai pas mon vote, je ne me livrerai pas aux turpitudes et aux petits chantages, je ne serai pas le corrompu, je ne me ferai pas corrupteur (on a cru comprendre, sous la plume d'un mort, que le Goncourt Médicis de BHL en 84 fut totalement bidonné.)

On attend le vote du JUURY.

Et le verdict popUUlaire.

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14 octobre 2006

BAZOCHES (VII)

Voilà.

J'ai attendu longtemps. Le discours où j'avais inversé les rôles: Huu disait le texte d'Emmanuel et réciproquement. DOnc si vous lisez Huu (texte qu'il disait), les propos étaient miens. Si vous lisez Emmanuel, c'était ceux d'Huu...

Nous ne sommes jamais là où l'on nous attend.

Vanité des vanités.


SPINOZISME ET BLOGOSPHERE 

Ou Celui qui parle n’est pas forcément celui qu’on croit.

Bon, alors, finalement, j’ai voulu vraiment commencer un vrai traité qui traiterait de la grave question « Spinozisme et blogosphère ». Et puis je me suis aperçu que la spinozisme, c’était quand même carré, comme truc. Et puis que dans blogosphère, il y avait sphère. J’ai flairé l’incompatibilité.

Je me suis dit qu’on s’était déjà tapé un débat avec un ancien ministre et des députés, et que c’était po franchement rigolo. Donc, je vous ai épargné un exposé géométrique avec axiomes, propositions, démonstrations, scolies. 

AU lieu de cela, je m’suis rappelé mon pote Denis D. , DD pour les intimes et de ma copine Nathalie S. .

Et j’appelle mon interlocuteur privilégié, auquel je dois, avec notre Premier Ministre vénéré et notre Duc de Bourgogne non moins vénéré, ma présence parmi vous. J’appelle donc, sous vos applaudissements Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, le Sieur HUUUUUUUUU

Huu :- Alors comme ça, c’est vrai ? 

Emmanuel : - Ouais.

Huu :- Tu veux vraiment t’y plonger, te le coltiner, t’y baigner, t’y précipiter ? 

Emmanuel :- Ouais.

Huu :- Tu veux vraiment, hein ? T’y adonner, t’en inonder, t’y abandonner, t’y soumettre ? 

Emmanuel :-Ouais.

Huu :- Vraiment, hein ? 

Emmanuel :- Ouais.

Huu :- Bon alors vas –y. 

Emmanuel :- Ouais.

Huu :- T’es pas trop loquace hein ? 

Emmanuel :- Bein nan.

Huu :- D’abord, pourquoi t’as voulu que je monte sur l’estrade, que je me farcisse la lecture de ton truc, là, ce dialogue insipide, là, que t’as torché sur ce sujet de m…… Merde que t’as choisi, là ? Tu serais pas un peu cruel des fois ? 

Emmanuel :- Bein nan.

Huu :- Bon alors vas – y, Ben Hur 

Emmanuel :- Ouais.  (…… Grand blanc)

Huu :- Ben vas - y

Emmanuel :- Ouais. Je suis en plein dans le sujet,là. 

Huu :- Pourquoi ce silence ?

Emmanuel :- Ouais. 

Huu :- Quelle est donc la signification obscure de ce mutisme ? Y aurait – il là quelque signification cachée, quelque recoin probable qui se dissimulerait à la fluctuance de notre conscience ? Un signifiant qui ne demanderait qu’à sourdre, comme un source à traquer par delà les sécheresses et les canicules, et qui pourtant, se heurterait un obstacle inédit ?

Emmanuel :- Bah ouais. C’est beau ce que tu dis. 

Huu :- Nan, mais Emmanuel, là, tu me réponds ?

Emmanuel :- Bah ouais. J’te réponds là… Je me tue à te répondre.

Huu :- tes silences sont des infinis efffrayants coincés entre tout et rien. Là , tu m’inquiètes, Emmanuel. Tu es sûr que ça va bien ? 

Emmanuel :- Ouais.

Huu :- Bon alors je me tais. (10 secondes de taisance mutuelle.. on se regarde en fronçant les yeux). Je crois que j’ai compris. En fait t’avais aucune idée pour ce sujet, hein ? 

Emmanuel :- Bah ouais.

Huu :- Le spinozisme, autant que je m’en souvienne est un rapport à la joie ? 

Emmanuel :- Ouaiaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiis

Huu :- La blogosphère, ça a un rapport à la joie, hein ? 

Emmanuel :-Ouaip.

Huu :- Donc, le spinozisme, la blogosphère et le bonheur, à la même enseigne hein ? 

Emmanuel :- Ouaip. Be coooool, be open.

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30 août 2006

BAZOCHES (V)

PERSONNES (III)

Le sage (1)

Le sage.

J'ignorais la raison pour laquelle il m’émeuvait.

 

Longtemps.

 

Et puis, ce n’est qu’aujourd’hui, regardant cette photo d’un photographe de grand talent, que je me suis aperçu de ce détail physique, si clair à ma mémoire, si obscur à ma compréhension.

 

Un détail physique peut tout révéler. Il surgit, inopiné, comme la révélation de tout un réseau de significations inédites, et qui, alors que le regard se porte en arrière, possèdent toute l’évidence de la spontanéité.

 

Ce détail, c’était le lobe gauche de son oreille, fort grande, et que je n’avais pas eu le temps de voir, ou plutôt, que je n’avais qu’entraperçu, détail qui se fondait dans une foule de petites perceptions perturbatrices.

 

Et c’est alors que m’est revenue l’image, très nette, du lobe immense de mon grand – père,  lobe bouddhique, lobe savant.

 

Ce grand - père que je n’ai connu que trop peu, et qui est mort trop vieux.

 

Apprendre à voir, c’est peut – être cela, le secret.

 

 

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22 août 2006

BAZOCHES (II)

LA PREMIERE RENCONTRE

A ce village virtuel, dans lequel je m’étais longtemps promené incognito, épiant, ça et là, quelque fenêtre, surprenant de temps à autre la vie dans son mouvement, je n’avais jamais vraiment eu le sentiment de l’appartenance.

Distance que je m’imposais à moi – même, par retenue héritée d’autres temps, par pudeur peut – être, par crainte certainement.

Et, à cet instant où je pénétrai le premier jour, dans la salle du restaurant, baignée d’un doux soleil, lorsque je les vis souriant, heureux, pimpants, je sus que j’étais des leurs.

Est – ce là recomposition du souvenir ? A m’y pencher de plus près, je m’aperçois que les sentiments s’entremêlaient, entre joie de découvrir certains, que je ne connaissais que par le truchement distancé de l’écran -ainsi de la golfeuse gagueuse, ou de l'acorte Bordelaise-, intimidation que la gouaille extrême d’autres produisait en moi -ainsi de l’histrion omnipotent-, bonheur pur et simple de retrouver le Primus inter pares, le sage, le fougueux fugueur, bienheureuse fatigue, qui pourtant, poussait à m’isoler.

Toujours, en moi, ce sentiment de l’asociale sociabilité, cette ambiguïté première, commune à mes semblables, si proches, si lointains.

Emporté, pourtant, comme malgré moi, comme sans moi, par la farandole débonnaire de leurs audaces d’esprit, de leur brio tourbillonnant, de leur pétulance virevoltante, je me laissai rapidement aller à la communion des cœurs.

 

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21 août 2006

BAZOCHES (I)

LES LIEUX

Premier jour

La blancheur de la basilique de Vézelay. L'arrondi des voûtes. Le ciel est rond comme la terre.

Lorsque je pénètre dans la salle consacrée aux reliques improbables de Marie - Madeleine, cette vision de religieuses et de moines en prière. Comme des statues de cire.

La toiture rouge et rosée de la maison à gauche de la basilique. Le sage me raconte  cette qualité de silence qui règne  sur Vézelay l'automne, l'hiver, sous la grisaille  et la solitude  qu'il semble goûter avec philosophie et ce détachement grave qui se cache derrière le sourire.

Troisième jour

Du haut du promontoire, la vue, par au-delà le champ de soleils mûris. Ces ocres délicats. Cette verdeur qui ondoie. Cette blondeur douce. Le ciel, d'un bleu légèrement gélifié, recouvert d'une sorte de pellicule gazeuse.

Retrouver cette profondeur si propre au coeur de la France, cette douceur des étés à la chaleur raffinée.

Le sage marche, devant moi, de son pas lent et sûr. Il y a, en lui, quelque chose de l'éternité.

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10 août 2006

L'esthète blabla

BLABLA

 

J’ai mal dormi, effet de l’alcool, à n’en pas douter, ingéré plus que de raison, et qui brûle dans l’estomac, encore.

Je déambule sur le pavé, assommé par le manque de sommeil, jusqu’à apercevoir Blabla, avec lequel j’ai rendez – vous. Rendez – vous auquel j’ai une heure de retard. Honte que j’éprouve au plus haut point, conservant de mon éducation vieux jeu le goût de la ponctualité, vieille politesse surannée, délicieuse.

 

Blabla, homme de goût, dont la conversation pleine de brio et de subtilité me console de mon malheur intestinal.

 

Blabla. Bermuda cam’, veste au jeans usé juste ce qu’il sied, sweat shirt gris souris. Fier, refusant, malgré la pluie, de rentrer dans le café, non pas transi de froid, mais conspuant ce temps peu estival, et refusant la canicule.

Blabla qui me ramène à la réalité pluvieuse de cette matinée aoûtienne. Carnet de moleskine noir au côté, comme tout bon blogueur, il évoque Blanchot, Pinget, Deleuze, Spinoza, Descartes, Proust, Quignard, Guyotat, Beckett, Baltrusaitis, Schlegel, Hubert Robert, Genette, Gracq, Simon, Pinget. En une heure. Prodige de l’érudition, si rare dans notre époque de gueux aussi  sympathiques et incultes, au rang desquels je me range, sans toutefois désespérer d’atteindre à cette culture, fruit de l’épaisseur de temps dont mon interlocuteur bénéficie.

Il fustige, non sans raison, les contempteurs pompeux, ces vieux râleurs littéraires, post romantiques.

J’écoute, non sans attention, son quasi – monologue. La vérité de la vie en lui. Raffinement rare de l’esthète contemporain. Santé de son intelligence, qui n’est pas dépourvue de préjugés, ou plus exactement, de déjugés. Toute pensée est une opinion. Toute opinion est la volonté même.

Lorsqu’il enfourcha sa bicyclette, je me dis que le temps tournait comme le disque évidé de la roue arrière de sa bicyclette : en roue libre.

Je me retrouve dans un autre café. Sur la page de mon carnet (car je suis aussi blogueur que Blabla), cette photo de Doisneau : la silhouette d’en musicien sous la pluie, qui abrite de son parapluie sa contrebasse, au mépris de l’averse, au lieu de lui – même.  

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16 juin 2006

Huu

Dans l'arrondissement très huppé de Paris, à la table d'aluminium lumineux, posée solidement sur le macadam ombreux, je lisais, presque trop attentif, le dernier ouvrage de Pierre Guyotat, si terrible et si poétique,  et qui fera l'objet d'une prochaine note.

Huu, toujours aussi décontracté, à la main le téléphone portable qui lui annoncerait l'heureux et imminent événement, s'installa en face de moi, souriant.

Et, quand nous eûmes bien bavardé, quand il eut évoqué les lointains et les proches, et que j'eusse avancé, comme tapi dans l'ombre de ce roman qui bientôt, viendrait au jour, et dont je serais, en quelque sorte, moi aussi, le père, devant le café très noir et très liquoreux, et dont la mousse trémulait légèrement au vent frais d'un été à venir, la poésie du monde nous rassembla.

Cet amas d'énergie, qui constitue ce moment d'écrire  et de transcrire, il me le décrivit . 

Il me sembla que cette quantité de mouvement et de repos, ce roulis, cette fluctuation, m'avaient été cachés un temps, sans que j'y prisse garde, sans que, d'ailleurs, et depuis longtemps, j'en éprouvasse quelque remords ou quelque honte intime.

Et te pressens qu'elle revient, cette urgence d'écrire, souffle intérieur qui me dicte  le rythme, et qui me fera tenir la distance jusqu'au bout de mon livre. Encore un peu de temps. Encore un peu de temps.

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13 juin 2006

Fugue argoulienne

Aujourd'hui, il était héroïque, vraiment, de s'aventurer sur le bitume coulant et noir de Paris. J'allai, cependant, comme d'habitude, assister au séminaire de Bernard Pautrat, toujours aussi intéressant. Où l'on parlait de cause immanente, de l'intérêt qu'il y a à s'aimer soi- même, comme causa sui, et caetera, et caetera.

J'attendais benoîtement, après le séminaire de Normale Sup' (toujours aussi étonné que l'on pût entrer comme dans un moulin dans ce temple de la culture française), le Sieur Argoul, Ministre expérimenté au Bloggouvernement.

Il arriva, d'un pas de sénateur, en retard.

Je m'enquérai de sa dernière entrevue avec l'llustre Bourrique Ière, sa terrine, son chat mignon, son Bourricot, ses affres de golf...

Puis, nous refîmes le monde qui allait toujours aussi mal devant une bière russe, derrière une serveuse aux yeux très bleus et à la crinière très bouclée, et, en bouche, quelque ravioli original, qu'il s'agissait d'engloutir avec élégance, sans faire gicler le jus de betterave rouge et délétère pour les chemises.

Avec Argoul, c'est cool; tu voyages gratos dans le monde entier. Et ça, c'est pas donné à tout le monde.






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